Tribune : il est temps de réguler les tarifs des orthodontistes

Dépenses de santé : comment économiser 2000 euros par enfant

Lors de la remise à plat des dépenses dentaires, au printemps 2018, l’une des dépenses les plus élevées est restée intouchée : l’orthodontie. Pourtant, une régulation serait pour le moins salutaire.

La moitié des enfants subissent un traitement d’orthodontie, visant à aligner leurs dents, pour améliorer leur sourire et faciliter leur mastication. Dans l’immense majorité des cas, les traitements sont simples : des bagues, ou des gouttières invisibles, tirent doucement sur les dents pour les remettre en place sur la durée.

Demandez autour de vous : quasiment tous les parents trouvent ces traitements très utiles mais scandaleusement onéreux. Alors parlons-en, mettons les choses au clair.

Pour l’orthodontiste, le coût du traitement assez faible : les bagues reviennent à une centaine d’euros. Le temps accordé à chaque patient s’élève à 7 heures réparties sur deux ou trois ans : une heure de préparation (souvent amplement assistée par ordinateur), une heure de mise en place, puis une vingtaine de rendez-vous d’un quart d’heure, toutes les 6 semaines.

Pour les parents, le coût du traitement est pour le moins élevé : 2000 euros dans les zones rurales, 4000 euros en général, et jusqu’à 6000 euros, voire plus, à Paris. Cela revient à dire que l’orthodontiste facture son temps jusqu’à 1000 euros par heure !

Les associations de consommateurs ont étudié le sujet, et elles dénoncent ces tarifs, qui dépendent essentiellement de la « capacité à payer » des habitants ; les parents en Ile-de-France s’étranglent en envoyant leur chèque trimestriel de 500 euros ; les mutuelles en profitent pour acquérir des clients -elles étalent les dépenses sans vraiment les réduire-, et au bout du bout, les orthodontistes gagnent bien souvent 25 000 euros par mois.

Oui, 25 000 euros par mois, pour environ 30 heures de travail par semaine (d’où les 3 mois d’attente), sans stress, sans garde, sans urgences. Chaque jour où il travaille, un orthodontiste parisien gagne autant qu’un parent en un mois.

Comment cela est-il possible ? Quelle autre profession arrive ainsi à s’organiser pour maintenir une telle marge au nez et à la barbe des patients ? Quelle autre profession arrive à facturer un traitement au temps calendaire, et pas au temps consacré au patient ? Quelle autre profession arrive à vendre, en dernier lieu, une « gouttière de contention » à 1000 euros alors qu’elle ne lui en coûte que 30 ?

La concurrence n’existe pas ; ou plutôt, elle pousse les prix vers le haut : vus le nombre élevé et la durée très courte des rendez-vous, les enfants sont contraints de choisir un orthodontiste de proximité, ne serait-ce que pour des raisons scolaires. Avec cette patientèle captive, les orthodontistes définissent leurs tarifs à partir de celui des voisins, quitte même à les tirer vers le haut !

Certains anciens praticiens constatent même que, après avoir racheté leur cabinet, les repreneurs ont augmenté les tarifs de… 25 % en deux ans. Quelle indécence...

Avec 4000 euros, un enfant peut se faire soigner 10 caries, enlever 2 dents de sagesse, et, quand il grandit, avoir une couronne. 4000 euros, ça doit représenter l’ensemble du prix de sa dentisterie « classique » entre 0 et 30 ans, entre les mains de plusieurs dentistes dévoués, qui, eux, travaillent 60 heures par semaine pour 8000 euros par mois.

Avec 4000 euros, un enfant peut aussi avoir un beau sourire, entre les mains d’un orthodontiste qui travaille deux fois moins pour un salaire triple.

Évidemment, les orthodontistes argueront que tous les cas sont différents, que les chiffres globaux présentés ici sont faux, que la Sécurité Sociale est mauvaise payeuse, qu’ils investissent… Cela n’enlève rien à l’affaire...

Il est temps de réguler les tarifs de cette profession, pour les diviser par deux ou trois. Ainsi, chaque année, environ 500 M€ seront rendus aux familles. Chaque enfant économisera 2000 euros.

Plutôt que de se battre sur le prix du permis de conduire ; plutôt que d’augmenter les Allocations de Rentré Scolaire ; plutôt que de gagner 20 euros sur tel ou tel soin… régulons les tarifs des orthodontistes : cela sera sain, légitime, et d’effet immédiat pour les parents.